Vous maîtrisez le droit des libertés fondamentales sur le bout des doigts. Mais savez-vous le transmettre ? La prise de parole en public fait partie du dernier cap du CRFPA. Avoir le trac, la voix qui tremble ou les mains moites est normal. Mais l’éloquence n’est pas un don inné, c’est un savoir-faire qui s’apprend.
Quels sont les obstacles à une bonne communication et comment les surmonter ? Voici quelques conseils pour convaincre vos interlocuteurs et réussir en toute confiance votre expression orale.
1. La posture : (Re)prendre le contrôle de son langage corporel
Avant même que vous ne prononciez un mot, votre corps envoie un message. Le langage corporel (ou non-verbal) représente plus de 50% de l’impact de votre discours.
- L’ancrage au sol : Si vous êtes assis, posez les deux pieds à plat (ne croisez jamais les jambes sous la table). Cet « ancrage » vous donne de la stabilité dans votre voix. Si vous êtes debout, même si cela est rare, écartez les pieds à la largeur du bassin.
- La verticalité : Redressez-vous. Imaginez un fil qui tire le sommet de votre crâne vers le plafond. Un dos droit ouvre la cage thoracique, facilitant la respiration.
- Les mains : Ne les cachez pas sous la table et ne torturez pas votre stylo ou votre bague. Nous vous recommandons de ne prendre aucun stylo dans la salle de passage du CRFPA. Les mains servent à appuyer votre point de vue. Utilisez des gestes ouverts pour accompagner votre argumentation.
L’exercice : 2 minutes avant d’entrer en salle (aux toilettes ou dans le couloir), tenez-vous debout, mains sur les hanches, torse bombé et menton haut (comme Wonder Woman ou Superman). Cette posture ouverte envoie un signal de dominance et de sécurité à votre cerveau, réduisant le sentiment de stress.
L’exercice du stylo
Pour améliorer son élocution, coincez un stylo entre vos dents et lisez votre Code pendant 2 minutes. En retirant le stylo, votre diction sera limpide.
2. La voix : Améliorer son élocution
Votre voix est votre instrument. Pour améliorer son élocution et être audible, il faut travailler trois leviers :
- Le volume : Parlez fort. Vous avez l’impression de crier ? C’est bon signe. Le jury vous sera reconnaissant de ne pas avoir à tendre l’oreille. Une voix forte est perçue comme un signe d’autorité et de maîtrise.
- Le débit de parole : Sous l’effet du stress, on a tendance à accélérer pour « se débarrasser » de l’épreuve. Ralentissez. Forcez-vous à articuler exagérément chaque syllabe pour délivrer un message clair.
- Le silence : C’est l’arme absolue. Osez les pauses. Un silence de deux secondes avant une conclusion attire l’attention et donne du poids à vos mots.
3. Le regard : Créer le lien avec vos interlocuteurs
Ne parlez pas à votre feuille, ni à un point vague au fond de la salle. Ne balayez pas non plus la salle comme un ventilateur.
- La technique du « Phare » : Regardez un membre du jury le temps d’une phrase ou d’une idée (environ 3 à 5 secondes). En cherchant les regards, vous forcez l’attention du jury.
- Moins de 3 secondes = regard fuyant (stress/mensonge).
- Plus de 5 secondes = regard insistant (agressivité/gêne).
4. Préparer son discours mais ne jamais le rédiger !
C’est l’erreur fatale du candidat au Grand Oral. Si vous rédigez des phrases complètes sur votre brouillon, vous allez inévitablement les lire. Vous perdrez alors le contact visuel et votre intonation deviendra monotone (voix de lecture).
- La méthode des mots-clés : Notez uniquement le plan détaillé (I, A, B…), les idées principales et les références juridiques (articles, arrêts).
- Le guide visuel : Vous pouvez notamment la technique du Mind Mapping (voir notre article dédié) pour avoir une vision globale de votre exposé. Cela force votre cerveau à reconstruire les phrases en direct (langage parlé), ce qui rend le discours vivant et authentique.
5. Rhétorique : Utiliser les bonnes formules
Le jury écoute des dizaines de candidats. Pour qu’il ne décroche pas, vous devez lui donner des repères. C’est ce qu’on appelle le balisage.
- L’exorde : Commencez par une phrase d’accroche percutante, pas par « Euh, alors mon sujet est…« .
- Les transitions : « Après avoir analysé le principe, examinons les exceptions », « Ce qui nous amène à mon second point« .
- La conclusion : Finissez sur une ouverture ou une réponse ferme à la problématique. Ne finissez jamais par « Voilà, j’ai fini« .
6. L’entretien avec le jury : L’art de la répartie
Le Grand Oral n’est pas un monologue. La phase de questions est souvent celle qui déstabilise le plus.
- Écoute active : Ne coupez jamais la parole. Écoutez la question jusqu’au bout.
- Reformulation : Si vous avez un doute, reformulez : « Si je comprends bien, vous me demandez si…« . Cela vous fait gagner 5 secondes pour réfléchir.
- Honnêteté intellectuelle : Si vous ne savez pas, ne mentez pas (« Je n’ai pas la réponse précise, mais je peux faire un lien avec…« ). C’est une preuve de maturité.
7. Spécial Anglais : Gérer le manque de vocabulaire
Pour l’épreuve de langue, l’enjeu est souvent la peur de ne pas trouver ses mots.
La périphrase (circumlocution) : Si le mot précis vous manque, ne bloquez pas. Expliquez le concept avec des mots simples. C’est une qualité de communication appréciée.
Keep it simple : Ne cherchez pas à faire des phrases complexes à la Shakespeare. Sujet + Verbe + Complément. Des phrases courtes limitent les fautes de grammaire et sont plus percutantes.
8. Gestion du stress : Comment être détendu avant une élocution ?
Le trac est une réaction physiologique normale face à l’enjeu. Voici comment le canaliser (voir aussi notre article sur la Gestion du Stress ) :
- La respiration abdominale : Juste avant d’entrer, inspirez profondément en gonflant le ventre, puis expirez lentement par la bouche (comme si vous souffliez dans une paille). Cela ralentit le rythme cardiaque.
- La visualisation : Imaginez-vous en train de réussir, dites-vous à voix haute « Je suis excité(e) de passer cette épreuve« , « J’ai hâte de montrer ce que je sais« . Il est beaucoup plus facile de passer de l’anxiété à l’excitation (car le cœur bat vite dans les deux cas).
- L’entraînement en conditions similaires : Ne révisez pas seulement dans votre tête. Entraînez-vous à voix haute, debout, en tenue professionnelle, chronomètre en main. Filmez-vous pour corriger vos tics de langage (« euh… », « du coup… ») ou habituez-vous à parler devant un proche (ami, parent, etc.).
La prise de parole en public au CRFPA ne sert pas uniquement à vérifier vos connaissances, mais à montrer qui vous êtes : un futur avocat capable de défendre une position avec clarté et conviction. Redressez-vous, respirez, et prenez votre place.
Une question ? Prenez un rendez-vous téléphonique avec notre Directrice Pédagogique !



Meilleurs conseils d’organisation pour une compétence juridique
Est-on debout ou assis lors du Grand Oral ?